Capital symbolique et intérêts personnels aux éditions Agone

À l’occasion de la diffusion de leur souscription 2014, les éditions Agone reviennent sur les départs « d’une partie des membres ». En tant qu’ancien salarié, j’ai donc le plaisir d’y apprendre que je serais parti à cause de « désaccords personnels ».

J’ai déjà parlé des causes de mon départ dans le texte « Pourquoi je suis parti des éditions Agone », et d’autres se sont aussi exprimés sur ce blog. Il me semble toutefois nécessaire d’ajouter quelques remarques complémentaires.

J’avoue être étonné que le départ d’une douzaine de personnes (cinq salarié·e·s sur six à l’hiver 2012-2013 ainsi que le correcteur historique, l’avocate en droit social qui suivait Agone depuis de nombreuses années et la comptable, puis deux salariées sur trois dans l’équipe qui a suivi, quelques mois seulement après leur arrivée, une traductrice et enfin un directeur de collection) entre octobre 2012 et octobre 2013 puisse être balayé en quelques mots. À moins que les éditions Agone fassent leur la pensée de Lénine : « Le Parti se renforce en s’épurant. »

Que le patron autoproclamé soit dans le déni est chose banale mais comment des sociologues, des militants (?) dont une partie de l’activité est d’écrire livres et articles qui parlent notamment de lutte des classes, qui invitent des témoins à parler d’abus patronaux 1 et qui dans ce cadre se solidarisent donc au moins intellectuellement avec les exploité·e·s, peuvent faire si peu de cas de situations répétées de souffrances au travail ? Et ce, dans une structure où certes ils n’ont pas mené une enquête mais qu’ils connaissent un tant soit peu pour y publier des livres et pour faire partie de son équipe éditoriale. J’imagine que, pour n’importe quelle autre entreprise où la plupart des salarié·e·s partiraient au fur et à mesure et plus ou moins pour les mêmes raisons, ils ne parleraient pas de problèmes personnels. La seule différence pour expliquer leurs tentatives de dépolitisation de ce qui se passe aux éditions Agone est qu’ils y ont des intérêts : livres, carrière professionnelle et/ou qu’ils se font mener par le bout du nez – comme cela a pu nous arriver.

J’apprends également à la lecture du texte accompagnant cette souscription que la « manière de faire les livres ne change pas », que « toutes les collections sont maintenues » et « tous les ouvrages prévus en 2013 sont parus ». Je vais revenir sur ces points parce que le mensonge est inadmissible.

1. Pourquoi affirmer que la manière des livres ne change pas ? L’une des raisons de nos départs est qu’on essayait de nous forcer à changer la façon de faire les livres : réduire l’équipe, se spécialiser et externaliser une partie des tâches, aller plus vite, faire moins de gros livres, plus rentables, beaucoup plus prestigieux, s’adapter au « bouleversement des mondes du livre » notamment en fonçant tête baissée dans le numérique, en finir avec les décisions partagées et les possibilités de contradiction et de dialogue ou de partage des tâches.

2. Pourquoi affirmer que tous les ouvrages prévus en 2013 ont paru alors qu’il en manque au moins un 2 ? Parce qu’on ne s’embarrasse pas de détail pour endormir le souscripteur ou la souscriptrice.

3. Pourquoi affirmer que toutes les collections sont maintenues ? Rappelons que les directeur et directrice des collections « Mémoires sociales » et « Manufacture de proses » ont également quitté l’ambiance exécrable des éditions Agone. N’est-ce pas un élégant mélange de mépris et de révisionnisme que d’annoncer que rien ne change ?

Les animateurs de l’avant-garde de l’édition de critique sociale refusent donc de remettre en cause leur machine éditoriale à capital symbolique pur et continuent de raconter des bobards aux lecteurs et aux lectrices. La fonction d’Agone ne serait-elle que de construire des carrières ?

Un clampin


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Un commentaire pour Capital symbolique et intérêts personnels aux éditions Agone

  1. Ayant croisé récemment Denis Becquet, membre (à vie) du bureau de l’association (sic) Agone, je lui ai demandé, sachant son désintérêt pour le quotidien des salariés et sa propension à ne vouloir entendre que la version de son ami Discepolo, s’il voyait de temps en temps les nouvelles (nouvelles) salariées, et s’il savait comment elles allaient. Réponse de l’intéressé : « Elles sont très belles ». Tout est dit.

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