Storytelling, démêler le vrai du faux chez Agone

Le 19 septembre dernier, plusieurs anciens collaborateurs·trices et salarié·e·s des éditions Agone 1 expliquaient publiquement, lors d’une conférence de presse tenue dans les locaux de Mille bâbords à Marseille, qu’un grand nombre de membres n’avaient pas été convoqués à l’assemblée générale de l’association Agone éditeur qui devait avoir lieu le lendemain, et ce en violation du droit associatif.

Contrairement aux affirmations de la direction des éditions Agone 2, la rupture du contrat de travail des salarié·e·s ne remet pas en cause leur statut de membre de l’association, ni à Agone ni dans aucune autre association !  Précisons au passage que, sur ces douze derniers mois, six des sept ruptures de contrat des salarié·e·s l’ont été suite à des « ruptures conventionnelles », non à des démissions comme l’affirme aussi la direction.

Le 20 septembre 2013, jour de l’AG qui a eu lieu illégalement, des membres de l’association Agone éditeur ont manifesté, dans la bonne humeur, devant les bureaux des éditions Agone, puis devant le domicile du patron autoproclamé où s’étaient finalement réunis les membres accepté·e·s. Oui, un acte d’une violence inouïe fut commis : l’entartage de Jean-Jacques Rosat 3, directeur de collection, pour qui la façon de faire les livres et le quotidien des salarié·e·s importe peu. Certes, la tarte à la crème ne figure pas dans les ouvrages de Howard Zinn édités par Agone ni dans la revue Agone n° 33, « Le syndicalisme et ses armes », c’est sans doute la raison pour laquelle la direction des éditions Agone, qui croit aux idées contenues dans ses livres, se réfugia au commissariat de Noailles et accuse les manifestants d’extrême violence, les décrivant presque en terroristes !

L’ensemble des accusations de la direction des éditions Agone se passe de commentaires, et prête plutôt à sourire. Notons que les cinq personnes nommées sont celles qui étaient présentes à la conférence de presse de la veille. Si les ancien·ne·s salarié·e·s et collaborateurs·trices manifestant le 20 septembre étaient bien plus nombreux, notons encore que l’une des accusées était ce jour-là… à Paris !

Le communiqué des éditions Agone évoque aussi la proposition de démission de Thierry Discepolo. C’est d’ailleurs le nouveau storytelling d’Agone, l’argument massue qui devrait nous laisser sans voix. Comment oserions-nous nous révolter, contester la parole patronale alors que le patron autoproclamé, faisant preuve d’une rare générosité, aurait proposé de démissionner et de céder la direction éditoriale au collectif. Revenons donc sur ce point.

Retour sur une proposition bidon

Le 22 juin 2012 s’est tenue une réunion de l’ensemble de l’équipe salariée pour aborder les difficultés croissantes du quotidien depuis une bonne année. Cette réunion a au départ été refusée par Thierry Discepolo arguant qu’il n’était pas concerné par les dysfonctionnements pointés par tous les autres salarié·e·s. Certains y voient un (dernier) espoir de remettre à plat ces difficultés globales et d’aborder (une nouvelle fois) avec lui l’épineux problème de son comportement violent et méprisant 4, désormais hors-limite, et de comprendre ses motivations.

Niant en bloc tout ce qui lui est reproché et objectant que cette réunion n’est pas légitime puisqu’il manquait les directeurs de collection, avec lesquels il travaille « au moins autant » qu’avec les cinq autres salarié·e·s, il accuse alors ces dernier·e·s de l’avoir « exclu méticuleusement du collectif », de s’unir contre lui et de « refuser par principe tout ce qu’il dit ou propose ». Il affirme aussi, par exemple : « ça fait huit mois que je me casse parce que j’en ai marre de la façon dont je suis traité ici », refuse tout débat ou recherche de solution aux dysfonctionnements, donne une définition du collectif édifiante de narcissisme et d’autoritarisme 5, accuse les cinq autres salariés d’avoir tort sur tout à cause d’une « éjection de classe » depuis la parution de son livre et propose alors, en un défi haineux, de se retirer de son poste de salarié, léguant ainsi plusieurs « basses tâches », et de se recentrer sur ses activités de directeur de collection.

Les autres salarié·e·s, choqués par ses accusations et son refus de tout dialogue, ne pouvaient voir cette proposition que comme une fausse sortie de crise (sans parler des projets d’externalisation et du discours clairement capitaliste de réduction de la masse salariale toujours nié à ce jour mais bien réel). Même en admettant qu’elle soit sincère, comment travailler ensemble à partir de telles bases ?

Dix jours plus tard a lieu une nouvelle réunion, cette fois-ci à la demande de Thierry Discepolo. L’unique objet de la réunion, comme nous le comprenons sur place, est que chaque personne lui dise si elle part ou si elle reste, ni plus ni moins ! À son impatience, quatre d’entre nous répondons (la dernière ayant annoncé quelques jours avant sa décision de partir) que nous ne pouvons répondre à sa sommation, notamment parce que pour certain·e·s nous attendons la réunion avec les directeurs de collection fin septembre avant de prendre une décision. Nos réponses déclenchent une poussée de violence et de haine verbale qui tend à l’agression physique. L’une des employées, exténuée, a une crise de nerfs.

Il n’a bien sûr pas été question du projet de direction éditoriale collégiale à cette réunion. Cette fausse proposition, qui n’avait pour seule fonction que de provoquer le départ de certain·e·s d’entre nous et de sortir la tête haute sera définitivement enterrée fin septembre par Thierry Discepolo avec le soutien de plusieurs directeurs de collection.

collectif Enoga, 25 octobre 2013


1. Agone©®TM dont T. Discepolo vient de déposer la marque à l’Institut national de la propriété industrielle (INPI). À lire sur le site marseille2008.no-vox.org.

2. À lire sur le site communiques-presse.com.

3. Lire un récit de l’entartage sur le site marseille2008.no-vox.org.

4. Sur ce sujet, se reporter à deux témoignages en ligne sur ce blog : « Pourquoi je suis parti des éditions Agone » et « Agone : retour sur la destruction d’un collectif ».

5. Par exemple : « Le collectif, c’est quand je pousse X à traduire […], le collectif, c’est quand j’aide Y au dernier moment, le collectif c’est quand j’aide à faire émerger vos compétences et potentialités, le collectif c’est quand j’accepte de travailler sur [le livre] La Bio parce que vous me l’avez demandé alors que ça ne m’intéresse pas… ».

Publicités
Cet article a été publié dans Témoignages et analyses. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s